01 avril 2011

Les jonquilles en boutons

En cinq heures de temps
ramasser quelques dollars
contre le cancer

Hier j'ai passé l'après-midi à la Place Dupuis, un centre d'achat du centre-ville de Montréal.  J'étais derrière une table dans un coin tranquille avec un millier de jonquilles encore en boutons.  L'endroit n'était pas très passant et je n'ai pas eut beaucoup de succès.  J'ai lu tout un roman: La Montagne Sacrée de Gabrielle Roy que j'ai savouré car elle dépeint très bien la communion avec la nature et j'en avais bien besoin.  J'ai réalisé cette petite aquarelle.  J'ai joué quelques minutes avec un bambin de deux ans.  J'ai discuté avec un fabriquant de didgeridoo très coloré.  J'ai grignoté des algues en croustilles en observant les gens qui entraient et sortaient de la SAAQ juste à côté.  J'ai vendu un cinquantaine de fleurs, c'est peu.  J'aurais aimé faire plus.  On a beaucoup fait pour moi, pour me guérir d'un cancer.  Il me semble que je suis redevable à quelqu'un, ou quelque chose.  Je le serai toute ma vie, j'en suis consciente.  Tous n'ont pas ma chance. (C'est bien la première fois que j'utilise ce mot en parlant de moi.)  Dimanche, je ferai la route avec ma cousine préférée pour réconforter une tante qui vient de perdre son mari décédé d'un cancer. Elle même a souffert d'un cancer du sein il y a quelques années, elle s'en est sortie mais pas son mari.  Certains sont plus éprouvés que d'autres.  Heureusement, nous sommes une famille nombreuse et elle aura droit à beaucoup de réconfort.
J'ai appris cette semaine que seulement 6% des gens qui ont souffert d'un cancer changent leurs habitudes de vie.  J'en suis estomaquée.  Il est tellement difficile de passer au travers d'une telle épreuve que d'envisager un second round me met déjà K.O..  J'avais tellement hâte de me remettre sur pied après les traitements que depuis je n'arrête plus de bouger.  Avant la maladie, j'avais baissé les bras et ne pratiquais plus aucun sport.  Pourtant j'adore ça.  Maintenant je ne pourrais me passer de la piscine où je nage toutes les semaines.  J'ai patiné à la patinoire du coin toute les semaines avec mon chum tant que la glace à tenue le coup.  J'ai réussi à aller skier dimanche dernier avec une amie qui m'a si gentiment offert de l'accompagner à Bromont.  J'ai hâte de sortir mon vélo pour aller plus loin faire mes courses.  Le marché Jean-Talon me manque et je préfère faire mes courses à pied qu'en métro.  Il me semble que je mange plutôt bien.  Je cuisine tout le temps et j'adore les légumes et les céréales.  La viande est devenue difficile à avaler depuis que les radiations ont détruites mes glandes salivaires, alors j'en mange très peu.  Je préfère le poisson et le poulet, mais si je veux me faire plaisir je cuisine des pâtes.  C'est de loin ce que je préfère.  Je ne suis pas maniaque mais j'ai des graines de lin broyées que j'ajoute à mes céréales du matin.  Je met du curcuma dans mes soupes et mes béchamels.  J'essaie de convaincre mon chum d'abandonner certaines mauvaises habitudes alimentaires qu'il a et qui font que sa bedaine est digne d'un capitaine.  Je suis patiente car mes habitudes personnelles je les ais prises en trente ans au moins.  Ça ne se change pas en trente jour.  Il faut être motivé et conscientisé.  J'avais de l'avance en rencontrant des copines au CEGEP qui étaient déjà conscientes des difficultés à nourrir une planète entière.  Ma mère avait même préparé le terrain en nous apprenant à être ouvert à la nouveauté, à goûter des légumes différents et à les mettre en valeur dans de nouvelles recettes.
Personne ne sait ce que demain sera fait.  Je suis comme beaucoup de gens je crois, je fais de mon mieux pour être bien maintenant et pour que ça dure le plus longtemps possible.  On ne peut décider entièrement de son sort mais on peut lui donner un petit coup de pouce.


2 commentaires:

Venise a dit...

J'aurais bien aimé t'acheter un bouton de jonquille. Au moins, si j'en vois, j'irai d'un pas alerte. Et je me ferai un bouquet de boutons.

Ton témoignage est émouvant dans sa simplicité qui ne juge personne, expose seulement. Ça vaut plusieurs bouquets de jonquilles épanouies au soleil d'un printemps.

linda a dit...

merci pour ces petites lumières que tu allumes.. = )

ps. j'aime beaucoup cette aquarelle