01 septembre 2012

Le renard

Tout près des manèges 
un renard fait sa ronde 
sur la berge du fleuve

Je n'aurais jamais habité aussi près du fleuve, ni si au centre-ville.  Le centre-sud est un quartier avec des coins très différents d'une rue à l'autre.  Il y a le très connu village guai qui est si coloré, il y a le coin des ateliers d'artistes près de Fullum avec tout de sortes d'évènements improbables et inqualifiables, il y a la rue Ontario et ses putes pas fréquentables, ses drogués qui hurlent ou parlent tous seul, les petites rues avec des centaines de chiens rarement en laisse qui jappent et grognent et pissent et chient, mais il y a aussi les enfants qui jouent dans les ruelles, les fleurs qui surgissent d'endroits surprenants, les graffitis vraiment réussis qui cachent des murs lézardés, des tas de vieux qui marchent avec leurs déambulateurs et qui se rangent pour te laisser passer en te souriant, bref, il y a autant de beauté que de laideur.  Selon mon humeur je vois plus l'un que l'autre et en ce moment je vois surtout les horreurs.  Je fais donc un effort pour me concentrer sur ce qui apporte de la joie et je dois dire que j'y arrive parce que j'ai l'oeil. 
J'avoue, j'ai du mal à m'habituer à ce quartier.  Le manque d'éducation est si crasse et la grossièreté une monnaie courante.  Il y a pourtant tellement d'effort de fait pour améliorer la qualité de vie dans ce quartier.  Nous avons le plus grand nombre de centres communautaires et de groupes d'entraide, mais c'est que les besoins sont criants, énormes.  Pendant qu'on inaugure une ruelle verte, des enfants s'amusent à casser des bouteilles de bières dans une autre.  Alors qu'on instaure un service de repas à domicile pour les personnes âgées, une vieille dame est renversée par un chauffard et devra sans doute passer le reste de sa vie dans un lit d'hôpital.  C'est comme vouloir vider le fleuve avec une cuillère.  Je ne dis pas que ce n'est pas faisable, en plus il est à un niveau le plus bas observé depuis des années, mais que ça va être long.  Je fais partie de ceux qui continue le travail malgré l'adversité.  Je m'occupe d'un compost communautaire installé par Écoquartier.  Quand je m'y rends j'apporte un sac poubelle pour nettoyer les alentours, car les gens croient sans doute que c'est un dépotoir malgré les plantes qui y ont été installées.  Je fleurie mon balcon et j'y fais également pousser des tomates et des fines herbes.  Je dis bonjour aux voisins même si la plupart ne me répondent pas.  J'ouvre la porte aux personnes âgées et je la retiens pour la personne qui me suit.  Je sourie aux enfants qui me font des fingers,  Je reste moi-même, je ne vais pas changer, je pense sincèrement qu'on ne change pas le fond des gens, juste nos comportements.   Je ne vie pas du tout dans l'espoir que ça va s'améliorer mais je sais que rien n'est permanent.  
Quand je suis arrivée à Montréal dans le quartier Plateau Mont-Royal, c'était un endroit pauvre mais les gens étaient fières.  Petit à petit, des jardins ont fleuries et maintenant le quartier est bien différents, plus riche et plus éduqué mais les pauvres ont du partir ou s'adapter.  Et ça change encore, les anglophones et les français s'y enracinent.  Je ne sais pas qui va y gagner au change.  
Je trouve partout les mêmes sortent de gens, il y a les doux, les égoïstes, les enragés, les généreux et les bandits.  Ce sont souvent ces derniers qui prennent toute la place et qui me dérangent tellement.  C'est surement mon âme d'artiste qui fait que je suis si sensible à mon environnement.  Je sais que cela me pousse à créer, à imaginer du beau.  J'ai plein d'idée mais peu d'énergie et de temps pour les réaliser toutes.  Et puis j'essaie de participer aux activités instaurer par d'autres artistes pour les encourager.  Je participe aussi aux évènements à caractère social et communautaire qui tentent d'égaliser les chances de chacun et de créer de nouvelles habitudes plus responsables.  
J'arrive de l'évènement Gratiféria.  Chacun était invité à apporter des trucs à donner et à se servir dans ce qui est offert.  Gratuit.  Pas une vente de garage, pas du troc, gratuit.  C'était la première édition de l'évènement et il n'y avait qu'une cinquantaine de personne, mais l'ambiance était sympathique et calme sous un soleil radieux et la protection des grands arbres du Parc Lafontaine.  Des moments comme ceux-là me rassurent sur la condition humaine.  Je vais en fréquenter plus souvent et faire comme le renard aperçu près de la Ronde et vivre ma vie en marge des bruits envahissants.

2 commentaires:

Panthère rousse a dit...

Très beau texte!

linda a dit...

toujours un immense plaisir de te lire.. à chaque fois, tu m'amènes à réfléchir et me pousses à voir le beau côté des choses. merci..

je te souhaite le meilleur de la vie